De nouvelles données cartographiques communautaires dévoilent de graves dysfonctionnements dans le système des aires protégées

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De nouvelles données communautaires publiées sur MfR montrent de nouveau comment les aires protégées du bassin du Congo empiètent sur les terres coutumières, soulevant des questions sur la façon dont ces aires sont créées et les populations consultées.

Presque tous les villages situés à l’intérieur et autour des 714 000 hectares de la réserve de Tumba-Lediima, dans l’ouest de la RDC, ont maintenant été cartographiés, montrant que la quasi-totalité du territoire fait l’objet de revendications coutumières de longue date très bien définies. Depuis la création de la réserve en 2006, des mesures de conservation imposées au plus de 100 000 habitants locaux tributaires des forêts ont privé un grand nombre d’entre eux de leurs principaux moyens de subsistance, et on signale une augmentation des cas de malnutrition et de violations des droits de l’homme par les écogardes.

Après trois ans de travaux menés par les communautés locales, soutenues par GASHE, CADEM et RRN, nos partenaires de la société civile en RDC, nous pensons qu’il est temps pour l’ICCN, autorité responsable de la gestion des aires protégées congolaises, et le WWF, d’envisager d’autres approches pour gérer la réserve (qui est également couverte par trois concessions d’exploitation forestière et par le projet Maï Ndombe du programme REDD). Il faut également se demander comment une aire protégée aussi incompatible avec les moyens de subsistance et les droits de tant de personnes a pu voir le jour. Cela révèle de graves dysfonctionnements dans le contrôle et les politiques opérationnelles des organismes de conservation impliqués.

D’autres nouvelles données chargées sur MfR montrent que la réserve Tumba-Lediima est loin d’être un cas isolé ; de nouvelles zones où les aires protégées chevauchent les terres des communautés ont été mises en évidence, notamment autour de la réserve de Dja dans le sud du Cameroun, venant augmenter le nombre d’exemples déjà signalés sur la plateforme.

Une étude publiée en avril par RFUK, qui porte sur un échantillon de 34 aires protégées dans le bassin du Congo, rapporte qu’une consultation des communautés locales n’avait eu lieu que pour 12 aires protégées (et dans un seul de ces cas, la consultation avait précédé la création du parc), alors que 25 aires protégées avaient entrainé le déplacement des communautés locales et autochtones. Cette situation a entraîné une augmentation des difficultés et des violences subies par les populations locales. Par ailleurs, l’étude n’a trouvé que de rares signes montrant que la méthode de conservation qui repose sur la présence d’aires strictement protégées atteint ses objectifs principaux en matière de maintien de la biodiversité ; au contraire, les populations de méga-faune sont en forte baisse.

RFUK appelle à repenser le modèle de « conservation durable » dans le bassin du Congo, et préconise une refonte complète de la façon dont les aires protégées de la région sont conçues et développées.

Veuillez vous enregistrer ou vous connecter au site MappingForRights, puis cliquez sur le bouton jaune « Données sur la réserve de Tumba-Lediima » sous la légende pour afficher les dernières données de la zone ou sélectionner des données à partir du menu de données communautaires, et cliquez sur la plage des aires protégées pour afficher les superpositions entre les communautés cartographiées et les différentes aires protégées de la région.