Maï Ndombe est-elle prête pour la REDD ?

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Tandis que le Comité des Participants du Fonds de partenariat pour le carbone forestier (FCPF) de  la Banque mondiale approuve le projet Maï Ndombe, programme phare de la REDD en RDC, de nouvelles données sur les droits coutumiers dans la province jettent un doute quant à savoir qui bénéficiera du projet.

Le programme de « réduction des émissions » de Maï Ndombe devrait débloquer 50 millions de dollars d’achats de crédits carbone, exigeant en premier lieu d’énormes investissements internationaux. Mais de nouvelles cartes communautaires des territoires d’Inongo et de Bassengele, situés à l’intérieur de la zone de réduction des émissions, révèlent une mosaïque complexe d’utilisation des ressources et de droits coutumiers dans la région. En théorie, ces cartes pourraient être utilisées comme base pour obtenir le consentement libre, informé et préalable des communautés locales, concevoir des plans locaux détaillés des initiatives, afin qu’elles puissent bénéficier du programme. Mais malgré les préoccupations exprimées au Fonds carbone par des conseillers techniques indépendants et par de nombreuses ONG locales et internationales, la question de savoir qui possède et utilise de facto la forêt à l’heure actuelle a été presque entièrement éludée par les promoteurs du projet et les bailleurs de fonds.

À noter, le document de projet du gouvernement de la RDC, qui a en grande partie été écrit par Wildlife Works Carbon, développeur de projets REDD basé à San Francisco, et par le WWF, qui entend également bénéficier du projet, et qui  prévoit un budget total d’un demi-milliard de dollars, a été approuvé par le Fonds carbone presque sans conditions, malgré les nombreux défauts techniques qui y ont été identifiés. Le document n’apporte même pas d’estimation précise de la population de Maï Ndombe (qu’on évalue à environ 1 800 000 habitants), et évoque simplement la présence de « milliers » de villages. Les revendications de territoires coutumiers (dont notre travail cartographique montre qu’ils semblent couvrir de façon contiguë toute la zone du projet) sont abordées très superficiellement. Notre expérience montre que la vitesse et l’échelle, trop ambitieuses, auxquelles le projet envisage de cartographier ces zones sur 12 millions d’hectares pourrait amener à un résultat bâclé. Enfin, le document contient très peu d’information sur  la façon dont les fonds issus de la vente des « crédits » carbone seraient alloués à la population locale, voire à d’autres prétendants potentiels tels que les nombreuses concessions forestières industrielles, aires protégées et concessions pétrolières qui se superposent dans la région. De nombreuses actions du projet, comme la « sédentarisation » de l’agriculture itinérante par l’utilisation de techniques agroforestières, n’ont jamais fait leurs preuves, même à petite échelle, et encore moins sur une zone aussi vaste.

Ce constat s’ajoute aux critiques déjà formulées sur la conception du projet (et sur le Fonds carbone lui-même), et notamment le ciblage disproportionné (et contesté) de l’agriculture itinérante, et le gonflement artificiel des niveaux de référence. Il y a de quoi s’interroger sérieusement sur les taux de réductions d’émissions qui seront réellement atteints par le programme. Les grands programmes « juridictionnels » REDD de réduction des émissions étaient censés se succéder aux efforts permettant de rendre les pays « prêts pour la REDD », mais en réalité, la RDC n’a pas plus la capacité d’exécuter un si grand projet maintenant qu’il y a cinq ou dix ans. Même le cadre législatif minimum (comme une loi fixant les règles et conditions de la « propriété du carbone ») n’a pas été élaboré.

À la lumière de ces informations, on peut se demander quel genre de bénéfices le programme apportera, que ce soit à la population locale ou en terme de réduction des émissions de carbone. Reste à espérer que la décision d’approuver le document du programme de réduction des émissions, sans que les difficultés soulevées ne soient correctement traitées, n’entraîne pas de nouveaux conflits sur les droits fonciers et carbone dans la région, qui naîtraient de l’obligation imposée aux personnes parmi les plus pauvres de la planète de modifier leurs moyens de subsistance déjà très précaires.

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