Les répercussions de l’agro-industrie au Cameroun mises en évidence

SudCam-Hevea PO and Rubber 150

La cartographie communautaire autour de nouvelles plantations agricoles dans le sud du Cameroun a montré à quel point les concessions empiètent sur les ressources et les terres coutumières des communautés locales, limitant leurs moyens de subsistance et augmentant leurs craintes quant aux répercussions de l’agro-industrie dans le pays.

En 2013, le rapport de RFUK Planter pour détruire ? a montré comment la forêt tropicale du bassin du Congo était le nouvel eldorado de la production d’huile de palme et autres produits agricoles. La demande mondiale ne cessant de croître, les investisseurs se tournent vers cette région, d’où le palmier à huile est originaire. Les gouvernements d’Afrique centrale voient ces investissements comme fondamentaux dans leurs plans de développement, en particulier au Cameroun, où le nombre et l’ampleur des transactions foncières à cet effet au cours des dernières années sont sans précédent.

Cependant, un nombre croissant de preuves indique que ces projets d’envergure appauvrissent les populations rurales et nuisent à leur environnement. De nouvelles cartes réalisées autour des concessions d’huile de palme et de caoutchouc implantées par la société Sudcam Hévéa, dans le département méridional du Dja-et-Lobo, montrent la dépossession généralisée des terres et ressources communautaires, notamment celles des peuples autochtones Baka. Les communautés ont dénoncé l’inexistence ou la médiocrité des consultations menées par la société, le défrichement subséquent de milliers d’hectares de forêt, et la démolition de campements, de fermes et de sépultures. Les communautés signalent que les compensations et les dispositions pour protéger leurs moyens de subsistance ont été tout à fait insuffisantes, et qu’elles n’ont tiré aucun bénéfice des plantations.

Ce cas fait partie d’une tendance plus générale et inquiétante dans la région. La terre est allouée aux entreprises agro-industrielles sans plan national d’aménagement du territoire, souvent au mépris des droits fonciers coutumiers et des considérations de durabilité, et dans tous les cas sans le consentement libre, informé et préalable (CLIP) des communautés locales. Alors que de généreuses incitations sont souvent  octroyées aux investisseurs étrangers  sous la forme de prix d’allocation des terres très bas et d’importants allégements fiscaux, limitant ainsi leur contribution à l’économie nationale, les retombées au niveau local sont généralement très minces, d’autant que la majeure partie de la production d’huile de palme sera exportée et ne contribuera pas à la sécurité alimentaire de la région.

Ce genre de conflit foncier ne fera que s’intensifier si les gouvernements et bailleurs de fonds ne s’engagent pas à protéger les droits des communautés, en soutenant d’autres modes de production qui favorisent les petits exploitants, et en les intégrant dans des processus plus larges d’aménagement du territoire.

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