Derrière chaque accaparateur de terres, se trouve un donateur de terres

Les préoccupations liées à l’appropriation des terres dans le bassin du Congo par les grandes sociétés étrangères de l’industrie agroalimentaire sont justifiées ;  mais ce phénomène ne révèle en fait que l’ultime manifestation des approches de gouvernance foncière et forestière qui ont contribué à déposséder les populations des forêts depuis l’époque coloniale.

Générée à l’aube de la crise alimentaire de 2008, la croissance rapide des industries agroalimentaires, généralement au détriment des paysans locaux dépossédés de leur terres, a ces dernières années, suscité l’attention des observateurs internationaux, des décideurs politiques et militants.

Selon la Coalition internationale pour l’accès à la terre (International Land Coalition), 106 millions d’hectares de terre (261 millions d’acres) ont été acquis dans les pays en voie de développement par des investisseurs étrangers entre 2000 et 2010, fréquemment dans les pays souffrant le plus de la faim.

Dans le bassin du Congo où la forêt tropicale figure au second rang des forêts les plus préservées du monde, le nombre d’accaparement de terres dans le cadre de projets agroalimentaires à grande échelle demeure relativement bas. Cependant, comme le récent rapport de Rainforest Foundation UK : ‘Graines de destruction’ relatif au développement des plantations des palmiers à huile, le démontre, le phénomène, en absence de droits fonciers, de structures et institutions légales adéquats, risque de s’accroitre rapidement dans les années à venir.

L’accaparement de terres, qu’il soit engendré par un investisseur industriel d’huile de palme ou un spéculateur chinois de ressources, est à l’origine d’un débat qui rassemble à la fois  le mouvement de conservation et les défenseurs des droits.

En réalité, les communautés locaux ont dû faire face à des dépossessions des terres depuis la décision par les récents gouvernements indépendants, de maintenir des lois coloniales foncières procurant à l’Etat le droit á la propriété de toutes les terres du domaine nationale. Dès les années 70, ces derniers avaient largement commencé à concéder d’importantes sections de forêts aux investisseurs étrangers.

Aujourd’hui, en l’absence de reconnaissance légale des droits coutumiers dans le bassin du Congo, les systèmes de gestion des terres sont incontestablement chaotiques.

Etant donné que différents secteurs et ministères, sans oublier les ONG et bailleurs de fonds internationaux, suivent leurs propres agendas (production de bois, conservation de la biodiversité, exportation de pétrole et minéraux, crédits de carbone),  la cartographie de la région peut ressembler à une mosaïque de concessions, permis et projets. Ce qui implique, non seulement l’émergence d’importants défis gouvernementaux à l’avenir, mais également, que les appropriations se passant le plus souvent sur des terres habitées par les communautés locales, et de ce fait, il y a d’inévitables conflits.

Par conséquent, en diabolisant  les industriels étrangers d’huile de palme comme ‘accaparateurs de terres’,  et en proclamant que leurs actions empiètent sur le terrain des Etats-nations africains souverains, on ignore le fait que, derrière chaque accaparateur de terres, se trouve un donateur de terre.

Il serait sans doute essentiel de se concentrer sur la manière dont sont allouées les terres aux investisseurs étrangers, de déterminer qui sont les bénéficiaires, les besoins nécessaires afin de réformer les institutions nationales et d’aider les régimes de gestion foncière à prendre des décisions économiques qui bénéficient leurs populations de manière équitable.

Les initiatives de zonage forestier et les activités de réforme foncière consacrées à la région ne sont en théorie efficaces que s’il existe une réelle volonté politique et un intérêt à considérer les droits des revendicateurs fonciers tels que les communautés locales.

Une meilleure compréhension du lien irréfutable entre le besoin d’établir de tels droits, la sécurité alimentaire et la réduction de la pauvreté, apparaît dans certains processus de prise des décisions politiques ;  il est plus important que jamais,  que cette dernière se traduise en action.