La meilleure occasion d’assurer un avenir durable pour les communautés des forêts tropicales et forestières

Au moment de la création du gouvernement de transition d’après-guerre civile de la RDC en 2003, environ 40 millions d’hectares de forêts tropicales du pays avaient déjà été distribués aux sociétés d’exploitation forestière. Certains de ces permis ont été annulés, mais de nouveaux permis d’exploitation forestière représentant 15 millions d’hectares ont ensuite été émis à des dizaines de sociétés et spéculateurs jusqu’en 2006, tous en violation d’un moratoire officiel sur l’émission de nouveaux titres d’exploitation forestière. Etonnamment, la distribution d’à peu près la moitié de toute la forêt dense du pays a été effectuée en l’absence de toute forme de plan d’aménagement forestier, et basée en majeure partie sur des processus d’attribution opaques. Des cartes dessinées grossièrement à la main étaient le seul moyen de déterminer l’emplacement de la majeure partie de ces permis. En plus, il existe une mosaïque d’environ 15 millions d’hectares de zones protégées, la plupart datant de l’époque coloniale et des premiers jours de l’indépendance.

Dans la pratique, la majorité des forêts du pays est restée dans l’état où elle se trouvait il y a des centaines, voire des milliers d’années: pas officiellement désignée ou affectée à des fins particulières, mais largement occupée à la fois par des populations agricoles (Bantous) et des chasseurs-cueilleurs (Pygmées), qui tirent leur subsistance de la forêt. L’Etat affirme son droit de propriété sur toutes les terres forestières, ainsi il peut attribuer arbitrairement des terres à l’exploitation forestière, pour des plantations d’huile de palme ou à d’autres fins, sans égard au fait que des populations tributaires de la forêt soient installées ou non. Le résultat de cette absence de planification géo-spatiale des forêts de la RDC pourrait entraîner une destruction inutile de forêt précieuse, des programmes de conservation inefficaces, et des conflits généralisés entre les différents utilisateurs de la forêt. Il faudrait un plan de zonage national des aires forestières qui définirait clairement pour chaque zone forestière les formes d’utilisation des terres les mieux adaptées.

Cependant, le processus de zonage lui-même pourrait présenter des risques importants, en fonction de la façon dont il serait appliqué. De tels exercices, par exemple au Cameroun, se sont grandement appuyés sur l’utilisation d’images satellitaires et la désignation amont-aval de vastes zones de forêts riches et intactes pour l’exploitation industrielle ou en tant que parcs nationaux. Les droits coutumiers invisibles de longue date des communautés locales ont été largement ignorés. Les possibilités de conservation de la forêt de façon novatrice, telles que par une foresterie communautaire durable, ont été très réduites en confinant ces zones dans de petites superficies inadéquates. Un tel processus en RDC pourrait se traduire par le zonage de dizaines de millions d’hectares à des fins de production et éventuellement être alloués aux sociétés d’exploitation forestière industrielle. Le programme de la Rainforest Foundation en RDC, qui travaille avec les membres du Réseau Ressources Naturelles local, aide les communautés forestières à cartographier leur environnement local. Ceci a démontré non seulement l’ampleur des revendications traditionnelles des populations locales sur la forêt, mais aussi qu’il était possible de les cartographier sur le terrain avec précision, rapidement et à moindre coût (www.MappingForRights.org Cartographie pour les droits). Les renseignements précieux engendrés par ces efforts peuvent et doivent être intégrés dans le processus de zonage forestier. Les plans et les cartes nationaux des forêts de la RDC doivent être élaborés selon un processus ascendant, reconnaissant ainsi les revendications et les moyens de subsistance existants, et chercher attentivement à les concilier avec les besoins d’autres utilisateurs potentiels. Dans le cas contraire, le processus de zonage forestier en RDC pourrait manquer la meilleure occasion inégalée – dans le monde entier – d’assurer un avenir réellement durable pour les forêts tropicales et les populations qui y habitent.

Simon Counsell (adapté de la newsletter Greenpeace Échos de la Forêt – Mars, 2014).