République Démocratique du Congo: les autorités proposent de reconsidérer le rôle des communautés locales dans la conservation d’une réserve naturelle

Richelieu Community Delegate-LR_webKINSHASA, RDC: WWF et les autorités gouvernementales congolaises en charge de la conservation de la nature ont accepté de reconsidérer le statut d’une aire protégée controversée après une réunion, tenue jeudi 6 novembre, avec des représentants de communautés locales qui se voient menacées de perdre l’accès à leurs terres traditionnelles dont elles dépendent pour leur survie.

Avec le soutien de la Rainforest Foundation UK (RFUK), 12 chefs coutumiers et délégués représentant plus de 50 communautés des territoires de Lukolela et Inongo dans les provinces de l’Equateur et du Bandundu ont pendant deux jours exprimé leurs inquiétudes à propos de la réserve Tumba-Lediima [1] aux représentants de l’Institut Congolais de Conservation de la Nature (ICCN) et de WWF. Depuis sa création en 2006 sans véritable consultation des populations locales, la réserve, qui couvre près de 750 000 hectares et dans laquelle se trouvent plus de 100 villages et jusqu’à 100 000 habitants, a été l’objet d’un certain nombre de conflits entre les communautés locales et les agences de conservation.

Les communautés ont présenté des cartes de leurs terres ancestrales, produites avec le soutien de RFUK, sur lesquelles la réserve a été installée [2].

« C’est une étape importante pour la reconnaissance des droits des communautés vivant dans et autour de la réserve Tumba-Lediima et nous espérons que cela créera un précédent pour une approche de la gestion des aires protégées en RDC qui soit davantage axée sur les populations » a déclaré Jeanne Mangani, Coordonnatrice des programmes de RFUK en RDC.

« Ici, c’est un site sacré ou il est interdit de pénétrer. Nos ancêtres nous ont dit que personne ne pouvait chasser ou pêcher ici » a expliqué le chef coutumier Jean Denis Mambenga Lomata, en présentant la carte de ses terres.

« Il y a beaucoup d’enjeux qui concernent nos forêts. D’abord les sociétés d’exploitation industrielle du bois, ensuite les plantations agro-industrielles et les concessions REDD, et enfin la réserve… Quand serons-nous en mesure d’obtenir notre forêt communautaire comme prévu par la loi? » a commenté Patrice Idwa Masimango, du village Masobe, en faisant référence au décret sur les concessions des forêts pour les communautés locales adopté le 2 août dernier.

Dans une déclaration conjointe publiée à l’issue de la réunion [3], les participants ont pris les décisions suivantes:

– Le statut et les limites de la réserve doivent être révisés, et les différentes zones d’utilisation établies en conformité avec les aspirations des communautés;

– Il est nécessaire d’établir des mécanismes durables de représentation de tous les acteurs dans la gestion de la réserve et d’assurer un dialogue continu;- Les communautés locales doivent jouer un rôle central dans les stratégies de conservation de la nature.

Ces décisions sont prises à la veille du Congrès mondial des parcs de Sydney, ou une des principales questions en débat concernera les relations entre la conservation stricte des aires protégées et les populations locales [4]. Les résultats d’une nouvelle étude sur 34 aires protégées du bassin du Congo, publiée la semaine dernière par RFUK, montre que la consultation et la participation des communautés locales et autochtones, leur compensation et accès aux bénéfices de la conservation, ont été insuffisants et souvent absents des initiatives de conservation dans la région [5].

 

FIN/

[1] La réserve de Tumba-Lediima, créée en 2006, s’étend sur 741 000 hectares dans les provinces de l’Equateur et du Bandundu, à l’ouest de la RDC. Elle fait partie du réseau national des aires protégées de la RDC qui est géré par l’ICCN (Institut Congolais de Conservation de la Nature) et que le gouvernement a prévu d’étendre pour couvrir 17% du territoire national d’ici 2023.

[2]http://blog.mappingforrights.org/wp-content/uploads/37510-RFUK-Mapping-Leaflet_French-Online.pdf 

[3]http://blog.mappingforrights.org/wp-content/uploads/Declaration-finale_Atelier-gestion-participative-RTL_5-6-Nov-2014.pdf 

[4] Lors du précédent Congrès mondial des parcs, tenu en Afrique du Sud en 2003, l’Accord de Durban a appelé à “un nouveau paradigme des aires protégées” qui doit pleinement intégrer les droits et intérêts des populations locales dans les objectifs de conservation.

[5]http://blog.mappingforrights.org/wp-content/uploads/37804-RFUK-World-Park-Online-French1.pdf